Première lumière · Sur le terrain
Météo astro : savoir si le ciel sera bon ce soir
Un ciel annoncé « dégagé » ne suffit pas pour observer. Il faut regarder six indicateurs : les nuages par étage, la turbulence, la transparence, l’humidité, le vent et la Lune. La décision se prend en fin d’après-midi, sur l’image satellite.

Par les membres du Club Cassini, club d’astronomie de Versailles (Yvelines). Mis à jour le 4 octobre 2026.
En bref
- Six indicateurs décident d’une soirée d’observation : les nuages par étage, le seeing, la transparence, l’humidité, le vent et la Lune.
- Des nuages hauts laissent observer la Lune et les planètes, mais compromettent la photo du ciel profond.
- Le seeing compte pour les planètes, la transparence pour les galaxies et les nébuleuses.
- La décision de sortir se prend vers 17 ou 18 heures, sur l’animation satellite en infrarouge.
Au club, la question « on sort ce soir ? » se règle avec des captures d’écran de prévisions qui se contredisent souvent. Nous les lisons avec la méthode décrite ici.
Les six indicateurs
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Bon signe |
|---|---|---|
| Nuages bas, moyens, hauts | La part du ciel couverte à chaque étage | Moins de 10 à 20 % à chaque étage |
| Seeing | La turbulence de l’air, qui brouille les détails | Moins de 1,5 seconde d’arc |
| Transparence | La limpidité de l’air : brume, poussières, voile | Étoiles visibles jusqu’à l’horizon |
| Humidité et point de rosée | Le risque de buée | Humidité sous 80 % |
| Vent | Les vibrations de l’instrument | Moins de 15 à 20 km/h |
| Lune | La lumière qu’elle ajoute au ciel | Absente, ou en fin croissant, pour le ciel profond |
Les nuages hauts empêchent-ils d’observer ?
Cela dépend de ce que l’on veut faire. Les nuages hauts sont des voiles fins de glace, vers 8 à 10 kilomètres d’altitude. La Lune et les planètes les traversent sans grand dommage. Pour une photo de galaxie, ils suffisent à ruiner la nuit. Avec 50 % de nuages hauts annoncés, une soirée planétaire reste possible et une soirée de ciel profond est compromise. Les nuages bas et moyens, eux, bloquent tout.
Quelle différence entre seeing et transparence ?
Le seeing mesure l’agitation de l’air et la transparence sa limpidité. Les deux notions sont indépendantes. Après le passage d’un front froid, l’air est limpide mais agité : la transparence est excellente et le seeing mauvais. C’est une nuit pour les galaxies et les nébuleuses. Sous un anticyclone un peu brumeux, l’air est calme et laiteux : c’est une nuit pour les planètes et les étoiles doubles.
Le courant-jet, un vent d’altitude, dégrade le seeing quand il passe au-dessus de nous. Les prévisions de seeing donnent sa vitesse. En dessous de 20 m/s les images planétaires sont souvent fines, et au-delà de 35 m/s elles bouillonnent.
Quels sites de météo astro consulter ?
- Meteoblue, page Seeing : nuages par étage, indices de seeing et vitesse du courant-jet, heure par heure.
- Clear Outside : une grille de couleurs par heure, avec le point de rosée et les heures de nuit noire. D’après notre expérience, c’est le plus pessimiste des quatre.
- Meteociel : les modèles à maille fine AROME et ARPEGE, pour comparer.
- Sat24 : l’animation satellite, qui montre les nuages observés au lieu d’une prévision.
Notre méthode en quatre étapes
- Deux ou trois jours avant, nous regardons la tendance sur deux sites. S’ils sont d’accord, la soirée est probable.
- Le matin même, nous vérifions les nuages par étage, l’humidité et le vent pour le lieu précis de la sortie.
- Vers 17 ou 18 heures, nous regardons l’animation satellite en infrarouge : elle montre ce qui arrive, et d’où.
- Sur place, nous levons les yeux. Si l’étoile Polaire et les étoiles proches de l’horizon sont nettes, la transparence est bonne.
Les prévisions se trompent dans les deux sens. Il nous est arrivé d’annuler une sortie sous un ciel finalement dégagé, et de plier le matériel une heure après l’arrivée. À trois jours, une prévision de nuages vaut une tendance. Le matin même, elle se trompe encore, mais rarement de beaucoup.
L’humidité compte autant que les nuages
Un ciel dégagé avec 95 % d’humidité promet une soirée courte : les optiques se couvrent d’eau avant minuit. Notre article sur la buée et le givre explique comment tenir.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure application météo pour l’astronomie ?
Aucune application ne suffit seule. Au Club Cassini, nous croisons Meteoblue et Clear Outside pour les nuages par étage et le seeing, Meteociel pour comparer les modèles, puis l’animation satellite de Sat24 en fin d’après-midi. Quand deux sources sont d’accord, la prévision est en général bonne.
Qu’est-ce qu’un bon seeing ?
Le seeing se mesure en secondes d’arc : plus la valeur est petite, plus l’air est calme. En plaine, en France, un seeing inférieur à 1,5 seconde d’arc est bon et permet de forts grossissements sur les planètes. Au-delà de 2,5 secondes d’arc, les images planétaires sont floues.
Le ciel est-il meilleur après la pluie ?
Souvent, pour la transparence. La pluie lave l’air de ses poussières et le ciel qui suit un front froid est très limpide. En contrepartie, l’air est agité, donc le seeing est médiocre, et le sol mouillé augmente l’humidité et la buée.
Peut-on observer quand il y a du vent ?
Jusqu’à 15 ou 20 km/h, oui. Au-delà, le vent fait vibrer les instruments, surtout les tubes longs et les montures légères, et la photo à longue pose devient difficile. Le vent a un avantage : il empêche la buée de se déposer.
