Éclipse du 12 août 2026 : le soir où Versailles a levé les yeux

Le 12 août 2026, à 20 h 17, le Soleil n’était plus qu’un mince croissant au-dessus de Versailles. Ce soir-là, le Club Cassini avait prévu une petite séance d’observation pour un groupe d’enfants au stade Montbauron. Plusieurs centaines de personnes sont venues. Pendant ce temps, nos membres observaient la même éclipse depuis un blockhaus du Cap Ferret, un sommet suisse, un toit d’hôtel en Vénétie et un jardin de Washington. Voici le récit de cette soirée.
Ce qui s’est passé dans le ciel
L’éclipse du 12 août 2026 était totale en Espagne et partielle en France. La bande de totalité a traversé le nord de la péninsule ibérique, d’Oviedo à Palma en passant par Burgos.
Depuis Versailles, le spectacle a été partiel, mais spectaculaire
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Débt de l’éclipse |
19h22 |
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Maximum |
20h17 |
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Fin |
21h09 |
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Part du soleil masquée au maximum |
environ 92% |
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Hauteur du soleil au maximum |
7,6° au-dessus de l’horizon |
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Direction |
Ouest-nord-ouest |
Circonstances calculées pour Paris, valables à quelques secondes près pour Versailles. Sources : Observatoire de Paris et éphémérides publiques


Photo de Jo, depuis son lieu de vacances
Deux choses expliquent l’ambiance très particulière de cette soirée. D’abord, l’ampleur de l’occultation : à plus de 90 %, la lumière ne baisse pas comme au crépuscule, elle change de nature. Ensuite, la hauteur du Soleil. À moins de 8° au-dessus de l’horizon, il fallait une vue parfaitement dégagée vers l’ouest — et le croissant s’est couché presque aussitôt après la fin de l’éclipse, le Soleil disparaissant vers 21 h 13.
Plus au sud-ouest, la France a frôlé la totalité : jusqu’à 99,5 % à Biarritz. C’est la plus belle éclipse observable depuis la France depuis 1999.
Au stade Montbauron, une soirée qui a débordé
À l’origine, la séance du 12 août était modeste. Une classe de l’école Wapler, en camp d’été, devait venir observer l’éclipse avec quelques membres du club. Le rendez-vous était fixé à 19 h 15 au stade Montbauron.
Dans les jours qui ont précédé, le téléphone du club n’a plus arrêté de sonner. Le 12 au matin, notre président avait déjà échangé avec plus de quarante personnes. Des demandes arrivaient aussi par le site et par Instagram. L’annonce a dû être mise à jour en urgence pour préciser que la séance était d’abord dédiée aux enfants, et que les visiteurs devaient venir avec leurs propres lunettes — nous n’en avions pas assez pour tout le monde.
Le soir venu, plusieurs centaines de personnes étaient présentes au stade.
Quatre membres ont assuré l’animation : Maxime Rigaud, Lionel accompagné de Véronique, Marc Boulinguez et Marc Nexon. Sur les tables : une lunette solaire Lunt, le Seestar du club, la lunette du club équipée d’un filtre, un prisme de Herschel, une vingtaine de lunettes éclipse à faire tourner.
Personne n’a rien payé.


Photo de Marc
Des Cassiniens sur trois pays
L’éclipse tombait en plein mois d’août. Résultat : les membres du club étaient dispersés sur une bonne partie de l’Europe, et le fil de discussion du club s’est transformé ce soir-là en direct multi-continental.
Dans la bande de totalité
Bertrand avait fait le déplacement jusqu’à Logroño, en Espagne. Il en est revenu bouleversé, et son message vaut mieux qu’un résumé :
L’éruption visible à l’œil nu, la lumière diamantée, la lumière coronale filamentée, l’ombre au sol, la nature qui s’éteint, Véga qui s’allume… J’en ai des frissons.
François observait depuis une colline au-dessus de León, avec un petit télescope automatisé et son appareil photo. Il a réussi le cliché du flash de réapparition, cet éclat qui marque le retour du premier rayon de Soleil.



En altitude et sur les côtes
Laurent avait choisi la Suisse, à 1 979 mètres. Beaucoup de monde et une organisation compliquée pour monter, mais un sommet atteint en avance et une éclipse visible à l’œil nu au moment du coucher.
Vasco était au sommet du Semnoz, près d’Annecy, dans une ambiance qu’il a qualifiée de superbe.
Zacharie observait depuis le toit d’un hôtel à Abano Terme, en Vénétie, avec vue sur les collines. Les nuages sont arrivés avant la fin.
Éric a installé son Seestar sur une plage bondée des Landes.
Thierry s’était replié sur un relais de chasse en promontoire dans le Gard, l’accès au Mont Bouquet ayant été fermé pour risque d’incendie.
Et jusqu’à Washington
Valérie était aux États-Unis, chez son fils. À Washington, l’éclipse ne masquait que 4 % du Soleil, sous un ciel lourd et humide. Sans aucun matériel, elle a percé un trou dans un morceau de boîte de céréales, embauché ses fils comme assistants, et obtenu une image qui montre bel et bien un Soleil entamé.
C’est peut-être la plus belle leçon d’astronomie de la soirée : il n’y a pas de niveau minimum pour observer.

Deux histoires de plage
Dan avait passé un an à préparer cette éclipse. Le 12 août, il s’installe sur un blockhaus de la plage de l’Horizon, au Cap Ferret, avec une lunette Perl Halley 70 de 1986 et un prisme de Herschel. Il est le seul de la plage à avoir du matériel astronomique.
Juste à côté, deux jeunes filles essaient de voir l’éclipse à travers une passoire en plastique. Il leur propose de regarder dans la lunette et leur prête deux paires de lunettes éclipse — un objet devenu introuvable dans toute la France ce jour-là. La queue se forme devant le télescope. À 19 h 20, le vent se lève, il fait sombre d’un coup, l’ambiance devient irréelle. Toute la plage applaudit.
Puis presque tout le monde s’en va, croyant que c’est fini — alors que le plus beau reste à venir : un coucher de Soleil avec un morceau grignoté par la Lune.
Au moment de plier bagage, un homme s’approche :
C’est une Perl Halley 70 ! Je l’ai repérée depuis l’autre bout de la plage. J’avais la même quand j’étais petit, en 1985. Je l’ai toujours.
Il a aujourd’hui un télescope piloté à distance en Espagne. Il avait commencé exactement comme ça.
Toutes les lunettes prêtées ont été rendues.


Observer le Soleil sans se brûler les yeux
Cette éclipse a été précédée d’une pénurie spectaculaire : tous les magazines contenant des lunettes ont été dévalisés, on comptait plusieurs heures de queue dans les boutiques spécialisées, et il n’y en avait plus non plus en Suisse ni au Portugal. Dans ce contexte, beaucoup de mauvaises idées ont circulé sur les réseaux sociaux. Rappelons donc l’essentiel.
Ce qu’on ne fait jamais
- Regarder le Soleil à l’œil nu, même partiellement éclipsé, même quelques secondes.
- Regarder à travers des lunettes de soleil, un CD, une radiographie, un verre fumé ou un film plastique.
- Pointer un instrument vers le Soleil sans filtre adapté. Un télescope concentre l’énergie : la brûlure est instantanée et indolore, donc irréversible.
Ce qui fonctionne
- Les lunettes éclipse certifiées à la norme ISO 12312-2, en bon état. Un filtre rayé, percé ou décollé se jette.
- Un filtre pleine ouverture, placé devant l’objectif de l’instrument, jamais à l’oculaire.
- Un prisme de Herschel sur une lunette, qui évacue l’essentiel de l’énergie lumineuse.
- Une lunette H-alpha dédiée, qui montre les protubérances et les éjections de matière.
- Les méthodes indirectes, sûres et étonnamment efficaces : la projection sur un carton, un sténopé, une passoire de cuisine, ou même l’ombre du feuillage d’un arbre, qui projette au sol des dizaines de petits croissants.

Le club dispose d’un filtre solaire et de plusieurs instruments adaptés, et ses membres observent le Soleil toute l’année. Aucune éclipse n’est nécessaire pour cela.
Et maintenant?
Il faudra attendre le 3 septembre 2081 pour voir une éclipse totale de Soleil depuis la France métropolitaine.
Mais la prochaine occasion sérieuse est beaucoup plus proche : le 2 août 2027, une éclipse totale traversera le sud de l’Espagne, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte. Avec plus de six minutes de totalité près de Louxor, c’est l’une des plus longues du siècle.
Autant dire que le sujet a déjà été ouvert au club. Un membre a annoncé sa destination le soir même du 12 août.
Venir observer avec nous
Vous étiez au stade Montbauron le 12 août ? Vous avez regardé l’éclipse à travers une passoire et vous vous demandez ce que ça donne dans un vrai instrument ?
Le Club Cassini organise des soirées d’observation toute l’année, dans Versailles et sous des ciels plus sombres des Yvelines. Il n’est pas nécessaire de posséder un télescope : on regarde dans celui des autres, et c’est même la meilleure façon de commencer.
